Il s'agit de poser à plat toute pensée qui traîne dans la tête, moins pour ne pas en perdre une miette plutôt que pour s'en débarrasser, et laisser l'oubli blanchir la mémoire, pour qu'un commencement soit possible.

l'auteur de la villa Katsura




Traduction libre du titre de l’article D’Arta Isozaki, qui introduit un gros ouvrage de présentation de cette demeure de Kyoto[1].
Isozaki transpose la réflexion de Yanagi au domaine de l’architecture sans toutefois la pousser aussi loin.
Dans les années 30, Bruno Taut de retour du Japon va publier des réflexions que son voyage a provoquées. Un des premiers textes sur l’architecture japonaise est écrit et publié en Occident, ce qui contribue à diffuser largement cette culture. Cependant le texte en lui-même contient de nombreux contresens et est encore lourdement chargé d’a priori. Une polémique que ce texte a généré porte sur le terme d’architecte. En effet Bruno Taut écrit que l’architecte de la Villa Katsura fut Kobori Enshu. Il s’avère qu’il n’en est rien et que ce dernier n’a peut-être même pas mis les pieds en cette demeure. Ceci est sans importance. Le véritable malentendu porte sur un terme : « konomi », que l’on retrouve dans « Enshugonomi ». Ce terme que Bruno Taut a pris trop hâtivement pour architecte signifie en fait quelque chose comme « inspirateur ». La Villa Katsura n’aurait pas été construite par Enshu.
Mais elle aurait été construite comme Enshu l’aurait faite.
C’est ce « comme » qui fait toute la différence. Enshu fut un grand maître de thé, qui instaura ce que l’on pourrait appeler une école, un style.
Ce style se traduit par quelques préceptes formels (qui touchent à l’art du thé et à l’architecture de ses pavillons de thé), et on l’emploie plus généralement pour désigner une atmosphère particulière. Ce qui la rend transposable à d’autres domaines comme celui des jardins ou des pavillons impériaux.
C’est cette « atmosphère » que l’on retrouve dans la Villa et ses jardins, mais Enshu lui-même n’en a peut-être rien dessiné, c’est à dire rien conçu, bien qu’il fût contemporain de la construction de la villa.
Ce point fait par Isozaki nous éclaire sur la manière dont était produite l’architecture, une manière artisanale, les charpentiers suivaient les plans dessinés par leur maître. Ces plans étaient dessinés pour répondre aux besoins et aux goûts du commanditaire.
Leur liberté d’interprétation s’exprimait à l’intérieur du style demandé et en fonction de leur savoir faire. Cela se faisait dans l’anonymat le plus total, il ne reste aucune trace par exemple des charpentiers qui ont construit la Villa Katsura, elle ne s’en tient pas moins droite, au contraire.

La notion d’architecture et celle d’architecte (comme celle d’art) se sont progressivement installées au Japon avec l’occidentalisation. Mais les conséquences dans ce domaine font écho à celles que décrivait Yanagi.
Des étudiants japonais sont partis en Europe et aux Etats Unis étudier l’art et l’architecture et en ont rapporté une pensée de leur production bien différente.
Dès lors que l’auteur s’affirme à travers son œuvre, cette dernière s’en trouve amoindrie.


[1] Arata Isozaki,  The authorship of Katsura : the diagonal line, in Katsura impérial villa, Electra architecture, 2005.